LDH Tours et Indre & Loire

Mettre en question les discriminations contre les homosexuels ; Agnès Tricoire

Hommes et Libertés n°116 - septembre/octobre 2001

septembre 2001 par Sebastien

La prise de position de la LDH en faveur du mariage et du droit à l’adoption des homosexuels a été préparée durant un an par le groupe de travail « homosexualité », puis, à trois reprises, par une discussion très ouverte au sein de son comité central. L’avocate Agnès Tricoire, qui y a contribué, explique comment elle a été elle-même amenée à souhaiter l’adoption d’une telle prise de position.

Ceux qui ont vu Jeanne et le garçon formidable, premier long métrage de Jacques Martineau et Olivier Ducastel, comédie musicale sur le sida, se souviennent peut-être des premières paroles d’une chanson triste de Jacques Bonnafé qui incarne un militant de l’association Act up, encore vivant parmi les morts : « La vie réserve des surprises, des choses qu’on attendait pas... »

Comme beaucoup, c’est au travers de la lutte contre le sida que j’ai été amenée à réfléchir sur l’homosexualité, l’hétérosexualité, le couple, la famille, la parentalité. En mai 1999, Act up était pour le mariage pour les homosexuels, considérant le Pacs comme un sous-statut, et nous avons fait un « zapping » à la mairie du Xe arrondissement, consistant à déposer des dossiers de mariage pour deux filles, et pour deux garçons. La panique a saisi les employés de l’état civil, nous avons été cernés par des vigiles. Quand nous avons obtenu un entretien avec un adjoint au maire socialiste, chargé de l’urbanisme, il nous a demandé ce que nous voulions, pourquoi ce tapage. L’un des militants, Philippe Mangeot, lui a expliqué que les employés de l’état civil refusaient le dépôt des dossiers des militants « parce que nous sommes des homosexuels ». L’adjoint pouffa littéralement de rire.

Il ne s’est passé que deux ans depuis. Mais j’ai réellement le sentiment que l’adjoint ne poufferait plus aujourd’hui. Parce que le Pacs a été voté, après des débats parlementaires qui ont donné lieu à des expressions de haine homophobe d’une violence comparable à celles des propos antisémites ou racistes entendus dans les périodes les plus noires de notre histoire moderne.

Une société qui évolue

Parce que cette haine a été stigmatisée, critiquée, et que cinq propositions de loi ont été déposées au Parlement pour réprimer les propos homophobes et, pour ce qui concerne celui soutenu par la Ligue, sexistes. Parce que, même si aucun de ces projets n’a abouti à ce jour, ce que nous regrettons vivement, ils ont permis de débattre autour de la douleur des homosexuels stigmatisés, enfin considérés comme des victimes et non plus comme des pervers.

Si le Pacs a constitué une extraordinaire avancée sociale, si les débats autour du Pacs et de l’ homophobie, si la visibilité des couples homosexuels, semblent avoir fait un bond considérable dans la perception, l’acceptation, et la compréhension de la majorité des Français, ce qui apparaît clairement dans de récents sondages, le Pacs ne résout pas à lui seul la question de fond. En raison de leur sexualité, des individus sont aujourd’hui encore victimes d’un traitement moins favorable. Il s’agit là d’un manquement injustifié et injustifiable au principe d’égalité et d’une immixtion inacceptable dans la vie privée des couples homosexuels qui voudraient se marier.

Discrimination flagrante

En outre, certains de ces couples homosexuels ont déjà des enfants, soient conçus dans le cadre d’un mariage hétérosexuel, soit conçus dans une relation homoparentale. L’Association des parents gais et lesbiens a tiré la sonnette d’alarme il y a quelques mois, en expliquant que depuis peu, tout homosexuel se déclarant pacsé se voyait systématiquement écarté comme candidat à l’adoption. Cela alors que l’adoption d’un enfant par un célibataire est de pratique courante et ne soulève pas de critique. C’est pourquoi la LDH ne pouvait se contenter d’avoir soutenu le Pacs et les propositions de répression des propos homophobes sans prendre position sur la question du mariage des couples homosexuels et sur celle de leur possibilité d’adopter des enfants.

Agnès TRICOIRE, membre de la commission « homosexualité » de la LDH


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